Neuf mois plus tard

Préambule

Le mouvement Wikimédia mène de nombreux projets liés au partage du savoir, dont le premier et le plus connu est l’encyclopédie Wikipédia, lancée en 2001.

Une organisation à but non lucratif, implantée aux États-Unis et créée en 2003, la Wikimedia Foundation, héberge ces projets et détient les différentes marques associées. Elle a essentiellement un rôle technique et juridique.

Différentes organisations indépendantes sont reconnues par la Wikimedia Foundation. Cette dernière leur permet d’utiliser les marques du mouvement et peut aider leur financement. On compte parmi elles les chapitres, des organisations créées pour soutenir et promouvoir les projets Wikimédia dans une région géographique donnée. Wikimédia France, association de loi 1901 créée en 2004, est le chapitre couvrant le territoire français. L’association n’a aucun pouvoir sur les projets ; y intervenir directement est perçu par la communauté comme une ingérence.

Prémisses

En octobre 2013, Nathalie Martin est recrutée au poste de directrice de Wikimédia France. En janvier 2015, le recrutement, décidé par le conseil d’administration de Wikimédia France, de Cyrille Bertin, compagnon de Nathalie Martin, est annoncé sur la liste de discussions interne de l’association par son président, Christophe Henner.

En mai 2016, Christophe Henner rejoint le conseil d’administration de la Wikimedia Foundation ; il quitte alors Wikimédia France. Émeric Vallespi le remplace à son poste de président de l’association.

En juin 2016, un bandeau sur un sujet de lobbying est affiché sur les pages de Wikipédia. L’affichage d’un tel bandeau doit au préalable être approuvé par la communauté. Plusieurs témoins accusent Émeric Vallespi et Nathalie Martin d’avoir demandé la pose de ce bandeau sans passer par la communauté, ce que ces deux derniers démentent.

Précipice

L’année 2017 est difficile pour Wikimédia France : plusieurs incidents ont lieu et les échanges sont houleux au sein de l’association, notamment entre les membres et sa direction, avec des accrochages réguliers sur les réseaux sociaux. Entre janvier et juillet, cinq membres du conseil d’administration et plusieurs référents de groupes de travail démissionnent de leurs fonctions. Plusieurs personnes voient leurs adhésions refusées et des exclusions sont envisagées par le conseil d’administration.

En avril, Cyrille Bertin, alors jusque-là chargé de mission, devient secrétaire général de l’association. L’association compte alors deux cadres dirigeants pour une dizaine de salariés.

Chaque année, Wikimédia France fait une demande de subvention à la Wikimedia Foundation, subvention qui représente une part substantielle de son budget. En mai, le comité de dissémination des fonds de la fondation recommande que seulement la moitié de la subvention demandée par le chapitre cette année soit versée (c’est-à-dire 343 000 € au lieu de 686 000 €). Les raisons invoquées font notamment part des inquiétudes du comité sur la gouvernance et la structure organisationnelle de Wikimédia France.

En juin, Émeric Vallespi remporte l’élection législative dans la 12e circonscription des Yvelines, en tant que suppléant de Florence Granjus, candidate La République en marche !, et devient son attaché parlementaire. Il quitte alors le poste de président de Wikimédia France, remplacé par Samuel Le Goff, tout en restant au conseil d’administration de l’association.

En juillet, le salarié de Wikimédia France chargé de la relation avec la communauté est licencié.

La situation générale du chapitre inquiète la Wikimedia Foundation, qui rend visite en juillet à la direction de l’association et à la communauté française, dans des rencontres séparées. La presse nationale commence également à évoquer la crise (L’Obs, Radio Nova, Le Monde).

Dès mai, des membres de l’association demandent une assemblée générale anticipée. Une procédure formelle prévue par les statuts est entamée en juin et validée en juillet, déclenchant l’organisation d’une assemblée générale anticipée le 9 septembre 2017.

Départs

Une semaine avant l’assemblée générale, le 2 septembre, dans un mail envoyé à tous les membres de Wikimédia France, Nathalie Martin annonce son départ de l’association :

Bonjour à tous,

Je vous écris pour vous faire part de mon départ de la direction de Wikimedia France.

[…]

C’est avec la sensation d’avoir accompli tout ce qui était en mon pouvoir, que je quitte cette structure et lui souhaite le meilleur pour l’avenir.

Nathalie Martin

Le 9 septembre, a lieu l’assemblée générale anticipée de Wikimédia France. Samuel Le Goff, président de Wikimédia France, annonce en séance qu’Émeric Vallespi, absent, lui a remis la veille sa démission du conseil d’administration à compter de la fin de l’assemblée générale. Du fait des statuts de l’association, il n’en est aujourd’hui plus membre (ou tout au plus, en attente de validation de son éventuelle adhésion par le conseil d’administration).

En fin de journée, la députée Florence Granjus annonce, sur sa page Facebook, le recrutement de Nathalie Martin dans son équipe :

J’ai le plaisir de vous annoncer l’arrivée à mes côtés de Nathalie Martin.
Forte d’une grande expérience dans la direction de structures associatives, Nathalie apporte des compétences complémentaires au sein de notre équipe.

Assemblée générale

Cette assemblée générale du 9 septembre 2017 s’est relativement bien passée.

Sur la forme, Samuel, présidant l’assemblée conformément à nos statuts, a fait un travail remarquable en séance, au vu de la situation. Les opérations de vote se sont déroulées correctement, malgré les difficultés propres à cette assemblée (délais courts pour l’organisation, nombre élevé de procurations et de questions mises au vote).

Sur le fond, beaucoup de sujets ont été abordés, certains survolés et d’autres pas du tout. La confiance au conseil d’administration a été nettement rejetée. L’assemblée a toutefois décidé de ne pas le révoquer, afin de permettre une réelle transition entre le conseil sortant et le nouveau. J’ai confiance dans la promesse des administrateurs sortants pour cette transition, malgré leur lassitude. Je salue également l’ensemble des membres du conseil d’administration présents hier, qui ont assumé et expliqué leurs positions, même si je n’en partage pas un certain nombre. Plusieurs chantiers, directement en lien avec la crise de ces derniers mois, ont été votés : mise en place d’une politique de non-discrimination (friendly space policy dans le jargon wikimédien), réalisation d’un audit financier, mise en place d’un comité de gestion des conflits d’intérêt, etc. Il y a encore beaucoup à faire pour que le chapitre retrouve un cours normal, mais cette première étape a été rassurante.

L’association compte six nouveaux administrateurs (dont quatre élus jusqu’à l’assemblée générale d’octobre 2018 et deux jusqu’à la prochaine assemblée générale du 22 octobre). La cooptation de Florence Raymond au conseil d’administration a été confirmée. D’autres administrateurs les rejoindront certainement lors de l’assemblée générale du 22 octobre. Cet été, au cours de Wikimania, les autres chapitres ont proposé leur aide. Je ne peux qu’inciter les nouveaux administrateurs à y répondre favorablement et à prendre contact avec Frans (NL), Tim (DE) et les autres chapitres.

Même si l’association, de par ses statuts et son règlement intérieur, a montré une certaine résilience pour aller en direction d’une sortie de crise, cette crise n’a pas été évitée et elle a duré bien trop longtemps. Les dégâts, tant humains qu’en perte de temps et d’énergie, sont immenses. Un atelier proposé lors de la prochaine WikiConvention francophone sera une occasion, parmi d’autres, de travailler sur le sujet.

Merci aux membres du conseil d’administration présents lors de l’assemblée, aux salariés l’ayant préparée, aux assesseurs, aux candidats, aux autres membres de la commission électorale et bien sûr à l’ensemble des membres de Wikimédia France pour la tenue de cette assemblée générale. Une grosse pensée pour ceux qui ne pouvaient pas être là. Ce billet ne se veut évidemment pas exhaustif, et vous êtes invités à suivre les liens 🙂